Mutualistes: Souffler l’art à l’oreille des aveugles et des malvoyants

Initiatives

En Ile de France, les Souffleurs d’Images du Centre Recherche Théâtre Handicap (CRTH) de Paris font découvrir les expositions, les pièces de théâtre et les spectacles de danse ou de cirque aux déficients visuels

Dans un ancien vestiaire au coeur du Carreau du Temple, à Paris, les vidéos d’art choisies pour la quatrième saison du programme Vidéobox défilent sur les murs. Catherine Mangin lit les références des oeuvres, parle du travail des artistes, décrit les images. Chargée du service Souffleurs d’Images proposé par le Centre Recherche Théâtre Handicap (CRTH) de Paris, la jeune femme accompagne aujourd’hui Krima, malvoyante, dans la salle de projection permanente du Carreau. Né au sein de l’école Acte 21 du CRTH en 2009, ce service particulier permet aux déficients visuels (malvoyants et non voyants) d’accéder aux événements culturels d’art vivant (expositions, pièces de théâtre, cirque, spectacles de danse) en compagnie d’un étudiant en art ou d’un artiste bénévole qui leur décrit les éléments qui leur sont invisibles.

« L’idée est venue lors des sorties pédagogiques que nous organisons, explique Emilie Bougouin, directrice du CRTH. Certains de nos élèves se penchaient vers leurs camarades non voyants pour leur souffler à l’oreille les informations qui leur auraient échappé ou pour leur décrire ce qui pouvait se passer sur scène. On s’est dit qu’il fallait absolument modéliser le concept pour en faire profiter le plus grand nombre. »

Une quarantaine de bénévoles

Désormais, une quarantaine de bénévoles formés par l’association se relaient pour raconter l’art aux malvoyants et aux non voyants qui le souhaitent, accompagnés ou non d’amis ou de membres de leur famille. Avant chaque « soufflage », le souffleur échange avec le spectateur pour bien identifier son besoin en fonction de sa culture artistique, savoir s’il lui reste un champ de vision ou pas, déterminer quel est son intérêt à se faire décrire le détail des tableaux, les couleurs, les décors ou les costumes. Bref, un service entièrement personnalisé.

Pour bénéficier d’un soufflage dans l’un des soixante lieux culturels d’Ile de France qui le proposent, les personnes intéressées peuvent réserver un souffleur sur le site Internet du CRTH, qui liste l’ensemble des manifestations partenaires.

Un service « donnant-donnant-donnant »

« La personne peut aussi repérer un spectacle ou une expo et s’enquérir auprès du lieu, ou auprès de nous, de la présence du service, précise Emilie. Si ce n’est pas le cas, nous appelons le lieu pour lui proposer un premier soufflage test, qui pourra éventuellement déboucher sur un partenariat. »

Le concept des Souffleurs d’Images fonctionne aussi sur le principe du « donnant-donnant-donnant », ajoute la directrice. Il bénéficie aux déficients visuels, mais également au lieu, qui peut proposer une accessibilité supplémentaire à son public, et enfin aux souffleurs eux mêmes, qui ne paient pas leur entrée lors d’un accompagnement. Chacun y trouve donc son compte, pour le plus grand bonheur des bénéficiaires.

« Ce service offre une grande liberté, explique Krima. Je choisis la date qui me va et je ne suis pas obligée d’attendre qu’un de mes proches soit disponible pour venir avec moi et me décrire une expo ou une pièce de théâtre. Et puis, les souffleurs trouvent toujours les bons mots, et à partir de leur description, c’est à moi de faire fonctionner mon imaginaire! »

DELPHINE DELARUE